oubli

Très cher amour,

vous avez oublié de reprendre le voile que vous aviez posé sur l’arbuste,

oublié la toile et tous les ornements que vous avait préparés le hérisson,

sur les grosses pierres où vous cédiez à la facilité des mots

et sur le chemin du retour vous avez tenté de revenir sur vos serments,

je ne vous garde rien, et je me garde de vous prévenir encore,

je vous souhaite de bons départs et de merveilleuses aventures,

et je sens mon cœur frêle s’émouvoir de vous savoir peut être revenir,

mais je n’attendrai point, je vous sais volatile

body of water under blue and white skies
Photo de Matt Hardy sur Pexels.com
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Souvenirs

Témoigner,

 

De la solitude des enfants dans un monde d’adultes ,

Le fil des souvenirs sépias et les matins blêmes des jours de voyage,

Traverser et se perdre dans un paysage sec de rochers et de Alfa.

Le berger errant avec son troupeau

les vieilles femmes tatouées et l’encens qui brûle,

l’odeur du café fumant au romarin

le métier à tisser et les pieds nus sur les tapis en laine

l’oasis et la palmeraie

Les sautoirs d’ambre gris, de patchouli de safran et de clou de girofle

qui mettent les hommes en confiance

les grands yeux envoûtants dessinés au Khôl

les bijoux des femmes les prières la nuit

Et la séparation avec la terre mère

 

 

au nom du père

Gare Saint Pancras, Londres, premier jour de l’année, je n’avais pas encore trente ans, j’étais plutôt d’humeur neutre, presque joviale, ça me fait toujours ça les voyages, peu importe la distance.

Coup de fil :  » Nedjma, je n’ai pas réussi à te joindre, ton père est décédé ce matin »

east-586257_1920.jpgTomasz Proszek de Pixabay

 

Premier jour de l’année, mon père est décédé.

Ce n’est pas possible, on me raconte des histoires. Je l’attendais pour début février, j’avais même réservé le resto, j’avais pris des billets et même pensé aux deux semaines qu’on allait passer ensemble, on en avait discuté, de ce parc, des livres qu’il devait me ramener, des lectures à lui faire découvrir, de nos balades en bord de mer, de la rencontre avec mes familiers, de mon nouvel univers qu’il venait découvrir, de moi enfin, après des années de péripéties posée, prête à profiter de sa présence, de passer du temps de qualité avec lui,  car la vie est courte n’est ce pas.

Je me pose sur le siège en face, le monde se fige, je ne veux pas continuer la conversation, je ne le crois pas. Je sens mes cheveux blanchir et quelque chose s’échapper de mon âme, je ne suis plus une fille, mon père est mort. Je ne l’ai pas vu depuis presque un an, la veille, vers 2h du matin, alors que j’étais un peu pompette dans les rues de Londres, je lui ai écrit un message pour lui souhaiter une bonne année, et lui dire « je t’aime ». L’a t il jamais lu ?

Il est mort le matin, dans son lit, après avoir acheté son journal. Il arrêtait de fumer après une vie de fumeur, il était fier de lui même.

Je devais retourner à Alger, prendre le premier avion mais je devais passer par Paris, récupérer un passeport et faire vite, aller voir mon père, je ne peux pas le perdre comme ça, je devais tirer la situation au clair, retrouver mon autre, celui qui m’a toujours protégé, celui qui ne m’a jamais blessé, jamais fait de mal, comment ose t il m’abandonner ainsi ? Je n’ai personne d’autre que toi, que vais-je faire ? par quoi commencer ? tu n’es même pas encore venu ? j’aurais peut être du renoncer à Londres, venir te voir, c’aurait été la dernière fois.

Je n’ai réussi à pleurer qu’une fois dans le train, lorsque j’ai pris mon billet en ligne et que j’ai compris que je devais être là dans les 24h, je ne savais pas répondre à la moindre question et les larmes ont coulé de façon indécente, sans sanglot, je me déshydratais, je ne contenais rien et je n’éprouvais pas de chagrin, ni de colère, juste une douleur atroce dont je voulais me défaire.

Alger, 2ème jour de l’année, il fait beau lorsque l’avion se pose sur le tarmac, à la PAF la policière me parle trop, j’ai les yeux trop rouge et la moindre parole se serait transformé en cri aigu, j’ai réussi à passer le poste en maudissant les frontières, les distances, l’exil et le pays natal.

J’arrive dans une maison remplie de monde, je cours vers la chambre de mon père mais il n’est plus là, il a été préparé et transféré dans une autre pièce, on demande à l’impure que je suis de ne pas laisser couler de larmes sur son visage, de ne pas le salir, j’ai envie de congédier ce monde qui vient se mêler de la vie, qui tente de m’ôter l’ultime baiser. Je les hais.

J’embrasse ce corps froid, mes larmes lavent son visage reposé, il est tellement beau mais il n’est plus. Son corps est gelé. J’ai envie de le réchauffer, de m’y frotter et à son contact mon coeur se gelait tout doucement, ma douleur se transformait en froideur terrifiante et mortuaire, mortelle. Mes cheveux devenaient blancs, et mon âme se défaisaient de mon corps. La douleur me consume, je ne veux voir personne et je voudrais rester quelques jours ici, à embrasser son front. C’est horrible cette préparation à l’enterrement, mais je ne crois pas en sa mort, son visage est tellement parfait, je ne connais pas la mort, elle est trompeuse et perfide.

Alger, 2e jour, départ de la maison paternelle, foule et gens qui pleurent, ceux qui regardent, ceux qui veulent exprimer leur empathie, foule et famille, éloignée, que je ne connais pas, comme beaucoup d’autres qui partent, je suis devenue une autre, et cette autre est endeuillée, mon seul lien ici c’était toi, la mer et toi, et vous étiez de la même puissance, qui apaise, qui justifie le calme, qui amène le repos. Tu n’es plus là et la mer est moche, à briller d’un bleu insignifiant sous un soleil indécent pour une journée aussi sombre.

 

« Tu n’iras pas au cimetière, il est réservé aux hommes »

Il ne manquerait plus que ce putain de verset. Un verset satanique, crée par les hommes, qui emmerdent ceux qui croient ou ne croient pas, mon corps et cœur sont trop fragiles pour ne pas m’effondrer devant la tombe, pour ne pas crouler sous le poids de la mort.

« Je vous emmerde »

J’ai accompagné de mon cœur athée le cortège mortuaire, vers la mosquée, j’ai écouté de l’extérieur la prière du mort, je suis allée au cimetière, seule femme, endeuillée. Seule femme devant la tombe du père. Ils l’ont enterré, dans un trou. Mon père, grand et élancé, beau, repose dans un trou. Quelques hommes ont tenté de me présenter leurs condoléances. La tombe est triviale. « on doit laisser redescendre le corps » avant d’ajouter un « témoin », la stèle.

 

Je ne veux plus revenir ici, dans ce pays, dans cette ville, ça ne servirait plus à rien.

Je ne veux plus retourner chez moi, dans cet ailleurs que j’ai choisi et dont tu as compris la nécessité pour moi. Je suis exilée partout maintenant,  désormais seule, je rentre du cimetière après avoir touché la terre qui recouvrait ton corps, j’avais envie de te sortir de là, cet enterrement est définitif, plus rien ne te ramènera. Tu es là, à je ne sais combien de mètres sous mes pieds, et je ne réalise pas ta présence/absence ici.

 

Je n’arrive pas à penser, une part de moi t’a rejoint la dedans et je repars sans, en sortant de ce lieu, je ne veux plus retourner à la maison, la mort est d’une cruelle banalité, le monde s’en fout des adieux. Le soleil caresse ma peau avec moins de violence que ce matin, peut être que je suis moins insensible au monde. J’ai une blessure béante. Je t’aime, j’espère que tu le savais.

cadeau

clear-sky-and-glaring-sun-over-hillside.jpgPhoto by Jordan Wozniak on Unsplash

 

Ecrire, pourquoi donc ? Une tentative de liquider la mémoire, ce trop de choses dont je ne sais quoi faire et qui voudrait  sortir de là, et aller se coucher sur du papier, pour faire la paix, parce que rien d’autre n’est  possible.

 

Des changements considérables s’annoncent, ils me laisseront le temps d’explorer, de partir, de me signifier la course des nuages, les quelques regrets qu’on laisse au bord de la route, puisqu’ils ne sont plus constitutifs de ce que je suis, de ce à quoi j’aspire, les questions aussi, très nombreuses mais qui ne me tourmentent plus, puisque j’apprécie aujourd’hui cet inconnu, de me jeter dans la vie comme il se doit, sans bouée de sauvetage, sans rien autour qui puisse troubler la quiétude de ce plongeon.

Aux portes de l’été, je me dénude, dans un pays presque froid, et je cherche à partir loin, sur d’autres rives, vers d’autres aventures, je souhaite recroiser l’inconnu que j’avais délaissé au profit de la routine nécessaire à l’ancrage, la routine relative à l’installation.

 

Dans deux semaines, je serai libre d’un travail qui m’épanouit pas, d’un quotidien de course et de certaines obligations. Dans deux semaines, je vais devoir remettre les pendules à l’heure (celles qui comptent), je vais prendre plus de temps pour lire, écrire, questionner, jardiner, et vivre tout simplement. Dans deux semaines, je pourrais faire de longues balades en forêt, faire le tour des expositions que j’ai manqué, faire le vide chez moi et me recentrer sur l’essentiel.

 

Ce ne sera sans doute pas facile, mais je suis heureuse et consciente d’avoir une chance de m’offrir cette halte dans une vie dont le rythme ne cesse de s’accélérer. Je vais croquer un peu de liberté.

 

 

mon autre

De la réception de l’amour à son contraire

Je sais les aléas des sentiments et la froideur des matins de solitude,  le réveil, sans attaches, mais libres.

Je reviens de chemins méconnus, que j’ai empruntés sans les saisir et je te retrouve encore au point question, lorsque je ne sais plus la course de la terre.

Il y a des typhons et des adieux, des regards, de la sincérité et de la passion dans le sang, il y a des choses que je ne dirai pas, il y a des choses que tu ne répéteras pas.

Je t’aime comme mon autre à jamais perdu

 

Prémices

Se remet-on un jour de son enfance. Est ce que les liens tentaculaires, happant nos énergies vitales sont incontrôlables au point de se voir se faire détruire par la désolation, le deuil et l’impossible réconciliation de la mère et de la fille. Est-ce qu’on est consolé de dire tout haut ce qu’on refuse d’admettre.

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– Alison Scarpulla  / http://shuttermade.com/alisonscarpulla

Tous les amours, les chagrins, les défaillances se perdent dans ce magma, ça brûle, ça donne envie de s’évader, mais pour aller où encore ? Devrais-je partir plus loin, pour que plus personne ne me retrouve et essayer d’avoir une vie normale, sans devoir me tourmenter pour les erreurs des autres, sans avoir à subir leurs émotions fallacieuses et traîner en moi la culpabilité qu’ils y plantent. Ne choisit-on pas finalement d’être victime ?

Et s’ils me suivaient encore, accrochés à moi comme avec l’envie de m’achever, et si je devais encore donner mille fois mon âme pour y échapper, qu’en restera-t-il ? qu’en reste-t-il ?

Je ne renonce pas, je ne sais même pas ce que je fomente. j »agis, et toutes mes cellules sont entrain de muter, je suis un être sans importance mais sans existence propre, tous les acquis, toutes les expériences ont été brouillées par l’accaparement que je permets.

J’aime la vie, non que je lui accorde une importance exagérée, ni que je sois en mesure d’y laisser une quelconque emprunte, je l’aime comme une enfant inconsolée à qui il ne reste plus rien sinon les battements du cœur, les aurores, la lumière des éclaircies et les plages désertes, je l’aime pour que ce qu’elle offre de force, de résilience, de persévérance et de lutte sans merci, pour se perpétuer, je l’aime pour sa finitude, pour ses grottes, ses cimes et ses sommets, je l’aime pour tous les arbres à qui je me suis confiés, les parfums que j’ai inhalés et la gratitude de la terre pour la pluie après la sécheresse.

Je continue donc ici, ai-je le choix ? Je continue sans être celle d’hier, je renonce aux compromis.

Poison d’avril

En l’espace de quelques heures, Selma avait perdue foi en l’amitié, en l’amour et en la magie. C’est tout ce en quoi elle croit, elle voyait s’effriter les bases fragiles qu’elle avait reposées sur la tombe de son père, pour grandir, elle avait perdu le sens de tout. Elle ne comprenait pas ce qui la maintenait là, elle savait qu’elle rentrerait seule, elle s’en voulait d’être restée longtemps, d’avoir fait durer le supplice mais c’était pour apprendre une leçon. Apprendre la leçon, c’est ce qu’elle a toujours échoué à faire, elle se réveillait toujours avec une certaine amertume des rêves qu’elle faisait, des rêves toujours trop grands, remplis de bons sentiments, de sincérité niaise et de bienveillance,  celle qu’elle n’a jamais eu. Elle savait qu’elle devait juste s’excuser, remercier l’assemblée et se barrer, mais elle avait l’impression d’être dans une bulle remplie d’eau, incapable de bouger, de parler, se laissant crouler sous les amas de distance et de gentillesse, en apnée.

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Jeune fille au chien  – Suzanne Duchamp (1912)


Son ami, frère sauveur, elle ne réussissait pas à lever les yeux pour croiser son regard, elle ne le voyait même plus, il s’était passé quelque chose qui la dépassait, comme une partie d’elle-même qui refusait le réel, elle refuserait toujours le réel. Elle préférait son monde tout restreint, car l’existence, la vraie, les vraies gens avec leurs vraies têtes, c’est très difficile à supporter, à gérer. Elle partit tard et elle avait envie d’enlacer Bertrand, de le piéger dans ses bras quelques instants, pour lui donner tout l’amour et repartir, ne garder de cette histoire que cette étreinte.

 

 

renaître

 

Il se passe bien des choses par ici, de moins en moins sensible au temps et aux gens, je me remets à peine de me retrouver. Oui, il est difficile d’exister, de comprendre qu’on existe par soi et pour soi, qu’on devrait se suffire de cela, et de ce point là, aller de l’avant, à la rencontre du monde.

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Djahida Houadef « Baldaquin »

C’est intriguant, je pose un pied devant l’autre et le champ des possibles s’ouvre un moi, un horizon à découvrir, à séduire,entamer. Il en a fallu du temps et des errances pour me retrouver là, au point de départ, vieillie de quelques siècles mais avec la curiosité d’une jeune enfant, je fais un pas, je charrie le sol que je foule, je souris en humant le brouillard qui se lève, c’est intriguant. C’est donc cela d’être à la fois au dedans et en dehors, d’avoir conscience de ce qu’être ? Ai-je le droit aujourd’hui d’en faire l’expérience et de ne plus traîner à côté de cette vie que j’observais tantôt avec indifférence, tantôt avec nostalgie, mais toujours avec une distance infranchissable.

 

Il se passe des choses, quelle joie ! c’est comme un éveil spirituel mais sans la sagesse, comme un retour à la raison, c’est tout à fait unique et je ne sais par quel miracle je m’en sors ainsi, par quelle magie je ne m’effondre pas complètement alors que je voyais pour une énième fois le monde s’écrouler pour se reconstruire. Je résiste. Peut être qu’il aura fallu se saisir à vif de toute cette matière qui encombrait les blessures, les empêchant des guérir, voire accélérer le pourrissement, pour s’en défaire, douloureusement mais profondément s’en défaire.

Je n’ai pas appris l’amour, la tendresse, la confiance et le calme, je m’en suis sortie un peu comme ça, par le hasard des temps, la bienveillance terrestre ou celle des cieux et assez de mélancolie en moi pour éviter les crashs et me guérir avec de la poésie, des chemins de forêt ou des brumes hivernales.

Excuse

Un temps d’été, une atmosphère douce et un ciel bleu, sans nuages.

Je reconnais tomber dans les pièges, à chaque facilité qui se présente, à chaque idée que je me fais des autres, du bonheur ou de la façon d’accepter l’inattendu. Je tombe avec une facilité déconcertante. Je reconnais.

Finalement, ma bulle me va bien, je me satisfais de ce que j’apprends, de ce que j’aspire à savoir, comprendre. C’est cela vivre, sinon je ne sais pas. Finalement.

Je ne suis pas désolée d’avoir essayé, je sais nos chemins différents. Je t’adieu. Excuse.

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Autoportrait au chien noir
 Gustave Courbet

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