Magnolia

shallow focus photography of pink flowers
Photo de Deena sur Pexels.com

Le magnolia fleurit.

Je n’entretiens pas le feu. On peut laisser croire ce qu’on veut, le temps, ce temps, ne nous sera pas offert. On serait naïfs de croire que rien ne change, et qu’on est l’un et l’autre dans l’attente de la fin qui nous attend.

 

Il a fait beau aujourd’hui, comme hier, et toutes les journées passées sans nous. Nous ne réajustons pas nos espoirs, nous attendons comme deux étrangers la fin du confinement, dans quelques semaines, et les mois d’éloignement seront fatal.

 

Le confinement, c’est un nouvel exil, une autre couche d’éloignement.

Toi et moi sommes déjà loin

 

émotions

Il faut écrire ses émotions, peu importe si cela ne permet pas toujours de les comprendre. Nous avons en nous cette capacité à cumuler de la colère, à garder secret des amours, à cultiver la culpabilité et à faire de notre corps une prison à émotions, plutôt que de les laisser nous traverser comme nous traversons le temps.

Oui, la vie est brève, personne n’avait pensé à prévenir qui que ce soit de la fin imminente de la normalité, de cette parenthèse désenchantée, qui fait de nous de petits (z)héros cloitrés chez nous, quand nous le pouvons, assistant à la fatalité. Une belle leçon, qui n’empêche pas l’individualisme le plus répugnant (tu les vois ces égoistes qui s’écrasent sur la vie avec tout le poids de leur égo).

Il y a aussi le temps qui passe, les deuils, la fragilité de la vie, ceux qui meurent du virus  (le dernier invité sur la liste existante et menaçante, sans doute pas le dernier) celui qui fauche des vie en chauffant le compteur, sans que personne ne réalise vraiment combien,  les chiffres c’est toujours un peu abstrait, un stade de foot ? une ville moyenne ? toutes ces vieilles personnes ? et les moins vieilles d’ailleurs ? toutes ces victimes à qui on ne peut même pas dire adieu, et puis les autres, ceux qui meurent seuls, ceux qui meurent d’autre chose, oui, la fragilité de la vie, son insignifiance et les projets qui ne sont plus que des nuages éloignés, passagers. Il va pleuvoir, peut-être pas.

Une belle ambiance.

Ce n’est pas tout, sous l’ombre des relations brisées, des regrets et des retours en arrière, l’heure est propice à la méditation, à la réflexion et au remue méninges. On a beau retourner la terre, parler aux rosiers, et pleurer le chat, il y a une réflexion profonde qui revient caresser toute cette bizarrerie que nous traversons. Et les amours naissantes alors ? et la vitre cassée ? et ces problèmes de plomberie et d’organisation ? et mon retard de correspondance ? et mon rendez-vous digital que j’ai sciemment manqué avec un ami qui a pris la peine de m’inviter sur une île déserte bien imaginaire. C’est cela la solution temporaire : une île déserte. Je ne finis pas les phrases et je jette mes brouillons.

Les mots ont cette capacité de dire et de raconter des fictions. Lorsqu’on dit le réel, les choses sont plus difficile, parce qu’on fige ce qui ne nous appartient pas. C’est plus dur.

Le mutisme des jours d’orages, pourtant je parle aux rosiers, je pleure le chat et je pense aux lendemains, ceux qu’on ne connait pas encore mais qu’on imagine, en s’interdisant de se projeter, parce que demain est incertain.

 

 

Insomnie

Journaux de confinement qui se succèdent et se ressemblent, une météo versatile et des amours naissantes, fragiles et éphémères.

Pas de bilan, le temps se délite et je ne sais pas me livrer avec parcimonie, je n’entretiens pas de mystère, je n’aime pas les convenances et je me baigne dans une indifférence totale aux bonnes manières.

Du bavardage, peu de sommeil, puis la nuit silencieuse enveloppe, apaise, et console.

liste de printemps

Entends-tu cette aubade matinale ? Les beaux jours arrivent, ça gazouille, ça tourbillonne, ça annonce de belles éclaircies, ça annonce le printemps.

Il traine sur la journée une liste hivernale que je trainerai jusqu’au printemps :

  • des allocutions présidentielles
  • un formulaire pour prendre l’air
  • des amendes dissuasives
  • du soleil toute la semaine
  • un jardin pour contrer l’enfermement
  • un coeur battant
  • la grande idée qu’on se fait de l’amour
  • les pages noircies par l’espoir
  • et quelques fictions pour me nourrir

 

Liste non exhaustive

 

 

Mémoire restante

« Je hasarde une explication : écrire c’est le dernier recours quand on a trahi. »

Jean Genet

Tourner autour de soi, traverser les souvenirs qui viennent à notre rencontre, écrire sur l’amour, sur l’amitié, l’enfance ou la famille, écrire comme une délivrance, et plutôt que de figer une mémoire dans un texte, remonter le fil du temps à mesure que les mots se couchent sur le papier. C’est ainsi que s’est imposé le récit autour de l’oubli, de la mémoire et de l’effacement.

J’ai essayé tant de fois de sortir l’idée de ma tête, de finir de raconter l’histoire qui traine depuis des lustres en moi et dont je n’arrive jamais à dépasser le commencement.

Je bloque sur l’articulation des émotions et des personnages, je les fais souffrir et je ne sais plus quoi en faire, je les abandonne alors, suspendus dans le temps, entre deux rives, deux pays, deux histoires et je ne me retourne plus les voir, parce qu’ils me font peur parfois et que j’ai l’impression de raviver un mal profond que même la fiction ne réussis pas à diluer.

ANSELM KIEFER
ANSLEM KIEFFER « AM ANFANG » 2008

 

Au coeur de tout cela, survit le coeur battant de Selma, la narratrice, elle perd la mémoire au fil des jours et se doit de raconter, se confier, tant pis pour la douleur, il y a une délivrance exquise à écrire des pages pour les tourner.

 

 

En cette froide saison, j’ai renoncé à te suivre, je ne sais plus suivre qui que ce soit de toute manière, même pas ma propre destinée. Je continue ma route, tu penses que je te laisse là, « comme un canapé ou une table qui n’irait plus, et dont on se débarrasse », c’est assez dur, de te l’entendre dire, de l’envisager ainsi et de le penser.

Mais d’ailleurs, pourquoi étions nous ensemble alors ? pour se tirer quelque part, être le soutien l’un de l’autre ? pour se porter à la chute ? pour se sauver ? Meubler la vie de l’autre ?

Est ce qu’on tentait d’être ensemble pour se sauver mutuellement du vide abyssal qui nous entoure ?

Est ce qu’on renonce à notre liberté, juste pour porter le poids d’un quelque chose qu’on ne saurait pas nommer amour, avec certitude et sans hésitations ?

 

Etonnement, acceptation.

 

Du temps silencieux pour s’écouter.

jusqu’à l’aube.

 

 

la lutte

La passion comme refuge, s’en nourrir. La soif de retrouver une trace, un lien, un battement de coeur ou quoi que ce soit qui me ramène à moi, pour habiter le corps une fois de plus, pour ressentir la vie se réintroduire en l’être, couper, fondre, habiter une autre, sortir de la route, faire une halte, se recroqueviller, se rétracter, revenir sur ses pas, s’engager, se désengager, s’enfuir au loin, le plus loin, chercher refuge, espérer encore, croire, désenchanter, sourire, courir, chercher au loin, à l’horizon, ressusciter des croyances, réincarner des morts, sourire à l’autre, rien qui bat, rien qui vit, continuer, humer, toucher, marcher le long des crêtes, se souvenir, s’arrêter.

ça repart.

 

bilan d’automne

Le dernier jour de beau temps ici, c’était samedi dernier, le dernier samedi d’été, tout chaud et ensoleillé même en Normandie. Depuis, il fait plutôt gris, il pleut, l’automne est bien au rendez-vous, une saison que j’apprécie particulièrement, le moment idéal pour ralentir, se poser et voir où j’en suis.

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Il y avait plusieurs mois que je n’avais rien posté ici, pensant abandonner ce blog, en créer un autre, écrire uniquement dans mes carnets et trouver de la motivation pour ce qui va suivre, puisqu’ici beaucoup de choses ont changé. Je reste finalement ici, chez moi, et je pense à faire évoluer cet endroit, peut être en commençant à écrire plus régulièrement.

Septembre reste pour moi la véritable rentrée, c’est là que je fais le bilan de ce qui a précédé, que je me projette dans l’année qui suit. Une année scolaire, universitaire qui commence, plus pour moi depuis longtemps, mais cela reste un repère, et avoir un enfant scolarisé ne fait que soutenir cette tendance que j’ai à commencer l’année en septembre ( et en profiter pour faire le stock de carnets, d’agenda et de fournitures de rentrée )

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J’en profite pour faire un bilan court des bonnes décisions prises l’année dernière

 

Quitter un travail qui ne permet pas l’épanouissement

J’ai ainsi quitté mon travail, et peu importe la suite, ce fut la meilleure décision prise en 2019, j’ai retrouvé une liberté et une tranquillité d’esprit que j’avais perdu, je n’ai plus de problème (alarmant) de santé, j’ai l’esprit tranquille et cela m’a permis de souffler, un peu, de prendre le temps de vivre, de voyager et de passer du temps de qualité avec mon enfant.

Ceci aura donc été une très bonne décision et je m’en félicite.

 

Voyager seule pour la première fois

J’avais déjà voyagé seule plusieurs fois, pour le travail. Cette année, j’ai pris la décision de voyager seule, pendant que mon enfant était chez son papa. Mes vacances à moi, qui se rallongeaient cette année, m’ont permis de prendre deux semaines pour voyager seule, aller à une destination qui me tenait à coeur et surtout, ne rien planifier. J’ai donc pris un avion pour Dublin et mis à part les 3 premières nuits que j’avais réservée en avance, je n’avais rien réservé et rien prévu pour ce séjour. J’ai fini par louer une voiture et parcourir la côte ouest en m’arrêtant au grès des rencontres (et j’en ai fait de merveilleuses), je suis rentrée ressourcée et j’ai pris du temps pour moi, tout le temps, j’ai apprécié chaque instant et j’y retournerais avec plaisir, faire découvrir ce magnifique pays à ma toute.

 

Sortir des relations toxiques

J’aime les gens, les humains et j’ai tendance à entretenir les relations amicales en donnant toujours aux autres le bénéfice du doute, je prenais beaucoup sur moi, et j’étais très (trop ?) indulgente avec les autres tout en étant sévère avec ma propre personne, me flagellant à la moindre erreur.

En prenant le temps, de me poser, de mettre de l’ordre chez moi et dans ma vie, j’ai réussi à me reposer, ce qui m’a permis de prendre du recul par rapport à beaucoup de choses qui se sont produites, à des événements en cours. J’ai ainsi réussi à voir des mécanismes en cours, des schémas qui se reproduisaient inlassablement et qui ne me rendaient pas heureuse.

Cela n’a l’air de rien comme ça mais c’est une grande victoire, juste avoir les yeux grands ouverts pour voir le réel, moi qui ai toujours la tête dans les nuages.

J’ai ainsi décidé (ou me suis rendue compte) que j’étais « souveraine ». Je peux donc décider de dire STOP aux choses qui me font mal, aux comportements que je ne tolère pas et de ne pas donner de l’importance aux choses qui n’en ont pas.

 

J’ai aussi compris qu’il ne faut pas attendre des autres qu’ils changent. Cette attente ne peut que provoquer de la déception et peut être même de la rancune. Nous devons changer notre propre comportement avec les autres, qui choisiront à ce moment là la conduite à avoir avec nous. Dans les cas désespérés, il ne faut surtout pas hésiter à tourner la page définitivement et avancer, la vie n’attend pas.

Apprécier le moment présent

La meilleure leçon de cette année aura été d’apprendre à apprécier pleinement le moment présent.

Cela parait simple et je pensais y travailler depuis longtemps, mais concrètement il aura fallu un cheminement bien plus long pour commencer à réaliser ce qu’était le moment présent. Cela a changé beaucoup de choses pour moi ( cela m’a permis de travailler sur ma culpabilité chronique, sur le stress que je pouvais vivre au quotidien, sur l’acceptation des limites qu’on peut avoir et surtout cultiver la bienveillance envers soi)

 

Aujourd’hui, je sais que j’ai beaucoup de choses à reconstruire (sur le plan pro et perso), mais je vis les choses comme elles viennent en essayant de rester lucide, de ne plus me juger sévèrement et en attendant le meilleur en appréciant les bonheurs simples de la vie.

 

 

 

oubli

Très cher amour,

vous avez oublié de reprendre le voile que vous aviez posé sur l’arbuste,

oublié la toile et tous les ornements que vous avait préparés le hérisson,

sur les grosses pierres où vous cédiez à la facilité des mots

et sur le chemin du retour vous avez tenté de revenir sur vos serments,

je ne vous garde rien, et je me garde de vous prévenir encore,

je vous souhaite de bons départs et de merveilleuses aventures,

et je sens mon cœur frêle s’émouvoir de vous savoir peut être revenir,

mais je n’attendrai point, je vous sais volatile

body of water under blue and white skies
Photo de Matt Hardy sur Pexels.com

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