chagrin de novembre

Mon cher ami, mon cher amour,

Novembre est là et me couvre de son froid, je me suis coupée les cheveux pour toi, les jours défilent pour rejoindre ton souvenir rapidement, pour que l’oubli auquel je me contrains, l’absence que je m’impose se délitent face au temps et que ton image me revienne plus vive que jamais, sans artifices, brut et brutale et que je te regarde en face, moi qui refuse encore ta présence, moi qui me couche tôt pour palier à ton absence, moi qui ne veut penser à toi par lâcheté, par peur ou par désespoir.

Mon bien aimé, je me prépare sobrement à la tempête, j’attends les remous, je suis assise, sans aucun pouvoir sinon celui de répandre l’amour que j’ai pour toi, la nature me le réclame, la mère terre me le réclame, je ne peux plus le garder en moi, l’enfouir et le cacher comme pour te garder toi, pour figer le temps, pour oublier d’oublier, pour essuyer le souvenir avec de la peine.

Mon cher autre, celui que je connais à peine et qui me connais bien, la peine irradie tout mon être, et je te sais loin pour toujours, je sais que jamais plus tu ne viendras toucher mon front, que jamais tu ne bouquineras sur ce banc que je n’ai pas encore installé dans le jardin, que tu ne te plaindras pas du froid ni de la distance, tu es parti en silence sans même qu’on puisse honorer nos rendez-vous suspendus dans l’infini, perdus à jamais.

 

Mon bien aimé, tu es parti mais je suis là et je ne sais que faire, je ne sais quelle route prendre ni quoi te raconter maintenant, oui, je me suis coupée les cheveux et je t’écris sur des feuilles volantes, je te dessine sur des brouillons et je te raconte aux feuilles mortes qui connaissent ton prénom.

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La maison du rocher (3)

J’aime retrouver la nuit, le monde de la nuit représente pour moi la sécurité, c’est pourtant la nuit que la plupart des crimes sont commis, que les gens peuvent se faire  assassiner chez eux alors qu’ils rentrent d’une journée grise de labeur, ou qu’ils viennent tout juste de regarder le JT sur une chaîne nationale triste et aux ordres.

Il y avait quelque chose de brutal dans l’alternance jour nuit :  la nuit tombait comme par surprise, peu importe la saison, les dernières personnes qui traînent dehors courent se réfugier avant l’occupation de la nuit par les cagoulés, les masqués, les infiltrés, les déguisés, les haineux de tous bords, en priant qu’une fois le verrou fermé, rien ni personne ne sera caché dans les escaliers, derrière un arbre ou dans la ruelle sombre qui mène quelque part, prier pour survivre tout en banalisant la mort.

J’aime bien sortir tôt le matin, dès que le couvre-feu est levé, traverser la ville avec le chauffeur clandestin qui racle bruyamment sa gorge et qui a toujours des histoires à raconter la semaine. Il s’appelle Ali et ressemble vaguement à Ismail Yasseen, acteur égyptien que j’adorais depuis toute petite car il me faisait rire aux éclats. Ali n’est pas aussi drôle que Yasseen, mais conscient de la ressemblance, il aimait raconter que son père a répudié sa mère à la naissance, lui reprochant d’être amoureuse de cet acteur pourtant déjà décédé à ce moment là.

 

 

aujourd’hui, j’arrête

Déménagement fait, changement de mode de vie et d’organisation, maison toujours en travaux et fatigue extrême, je suis à bout, physiquement et mentalement.

Ce matin, après avoir perdu mon sang froid de façon ridicule, et être arrivée au travail bien assez en avance pour profiter d’un moment de calme pour prendre mon café et réfléchir à tout cela, j’ai décidé désormais de tout faire en sorte pour éviter les mécanismes habituels de culpabilité (puisque oui, je ne suis qu’un être humain et que je ne suis pas au top tout le temps et que cela n’est pas bien grave).

J’ai surtout décider d’arrêter. Quoi ? un tas de choses.

  • arrêter de zapper des priorités telles que la santé, le bien être : pour avoir la paix, pour pouvoir contrôler ses émotions, il faut ne pas avoir mal, ne pas négliger des petits soucis de santé qui peuvent pourrir la vie, empêcher de dormi et grossir pour devenir de gros soucis qui nous plombent le quotidien. Donc rdv pris chez le médecin, et tant pis pour la peinture pour la salle de bain et pour la demi-heure ou heure de retard sur mon programme, il y a des choses essentielle et cela fait trois semaines que j’oublie de m’occuper de moi.

 

  • arrêter la clope : je suis de celles qui ont cette chance de n’allumer une cigarette qu’en soirée lorsque l’envie m’en prend et de fumer pour le « plaisir », sans dépendance. Au fait, je me rends compte que cette « liberté » là est relative et qu’en période de stress et de fatigue intense, je doute que les quelques clopes que je fume quand même, m’aide à être plus détendue…en tous cas pas sur le long terme.

 

  • arrêter d’être ultra-connectée : entre recherche d’informations, réseaux sociaux, je voudrais pouvoir réduire mon temps de disponibilité pour toutes ces choses chronophages et profiter de l’essentiel, quitte à y revenir plus tard (ou pas), mais maintenant tout de suite, en m’écoutant, je sais qu’il faut que je sois là ici et maintenant, à l’écoute et prévenante, attentive au réel et déconnectée. J’ai une chouette bibliothèque, je peux donc arrêter de lire sur écran, je reçois un mensuel papier par courrier et je n’ai que 24h dans une journée.

 

  • arrêter de tout vouloir tout de suite : je suis impatiente, depuis toute petite, j’ai du mal à attendre, patienter, je veux les résultats immédiats et cela m’a causé bien des tords jusqu’à ce jour. Je voudrais, dans ma démarche personnelle et familiale, apprendre à ralentir, non seulement pour profiter de l’essentiel mais surtout le cerner, savoir l’identifier et ne pas passer à côté.

 

Si je la fais en développement personnel : je vais commencer à prendre soin de moi concrètement, à profiter des moments simples de la vie, à reprendre le « slow-life » et apprécier le « maintenant », le moment présent, cesser de me projeter et d’anticiper parce que ça ne fait qu’épuiser le temps et la quiétude.

 

premier réveil

Premier réveil chez moi,  pluie douce de l’automne et  vent de la fin. C’est fou ce que l’amour nous fait, ce qu’il nous transforme. Je te regarde comme au loin alors que tu es juste à mes côtés, que tu partages cet espace avec moi pour quelques heures, je te regarde de loin, de mes yeux tombants et de ma crinière courte et délavée. Je suis tellement heureuse de ta présence mais c’est tellement froid à l’intérieur de moi. Je crois que j’ai fait zéro effort ce week-end, je crois aussi que j’ouvre les yeux sur moi, sur les autres et toujours avec bienveillance, parce que j’apprends à vivre mais du haut de mes trente ans et que je me réveille.

J’aime maintenant librement, je ne consens plus à subir plutôt que choisir et je sais quand je n’aime pas.

Alors mes rencontres et mes amours sont éphémère et depuis toi, rien ne me secoue, rien ne m’anime, et tu me manques même si je ne bouge pas, même si je ne réalise pas que je dors dans tes bras, pour 48 h, pour l’amitié, pour l’amour pur, entre deux humains, différents et tellement semblables.

Je suis heureuse de ta présence et j’ai enfin appris qu’avant de prétendre aimer qui que ce soit, il faut d’abord s’aimer soi même.

 

Déménagement suite sans fin

J’ai changé de tête cinq fois en l’espace de trois semaines, et cela de façon assez spectaculaire. Crise de la trentaine vous m’direz…mais je fais avec mes cheveux comme je fais avec le reste, j’élague, je me débarrasse et je change. Je ne sais pas s’il y a un quelconque rapport avec ma trentaine, ma solitude lumineuse où les poils que laissent mes bêtes partout chez moi, mais je suis plutôt contente de ce changement parce qu’il amorce un nouveau quotidien dans le quel je ne me projette toujours pas.

Le week-end était ponctué de SMS d’un ami solidaire qui viendra se torturer le dos et les muscles pour m’aider à déménager et depuis une semaine, il me rappelle quotidiennement, à quelque 200 km de distance, les jours qui me séparent de la date fatidique. Quand j’ai reçu samedi soir le SMS annonçant « J-6 », je venais de rentrer d’une maison en travaux, où le peintre a juste oublié de faire tout un pan de peinture et dans laquelle il n y aura ni cuisine ni salle de bain avant au moins 3 semaines. J’ai jeté un coup d’œil sur les cartons qui commencent à me déranger sérieusement, sur les tas de livres qui traînent encore sur les étagères et sur les sacs de vêtements et d’objets à donner, j’ai regardé le ciel dégagé et les lumières roses de fin de journée et j’ai pris la décision qui s’imposait : Je suis sortie prendre un verre (voire plus) et passer la soirée avec des amis. De premier abord, la décision peut paraître irresponsable, mais j’étais dans un état physique et psychologique tel, que si j’avais renoncé à me changer les idées, je me serais retrouvée à 2h du matin entrain de pleurer au milieu des cartons (j’avoue, j’aurais sans doute avancé). Au lieu de cela, à la même heure, j’étais entrain de parler, à moitié pompette, de l’ego démesuré de Mélenchon et des prochains concerts au 106.

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Je suis rentrée chez moi ressourcée, j’avais bien ri, et vous savez quoi ? les cartons ne se sont pas envolés, ils étaient restés là, bien sagement à m’attendre.

J-5, il ne me reste plus qu’à me faire une cure de vitamines, de bonnes pensées positives et de mettre en route un plan d’action d’urgence, histoire de survivre à cette semaine et à ce week-end dans la joie et la bonne humeur.

« Je n’ai attendu personne »

 

lit

 

JE N’AI ATTENDU PERSONNE

Je saurai, quoique tu partes avec le vent, comment
Te ramener. Je sais d’où vient ton lointain.
Pars donc ainsi que les souvenirs vers leur puits
Eternel, tu n’y trouveras pas la Sumérienne portant une jarre
Pour l’écho et t’attendant.
Quant à moi, je saurai comment te ramener.
Pars donc derrière les flûtes des vieux peuples de la mer et
La caravane du sel dans son périple infini. Et pars,
Ton chant s’échappe de moi, de toi et de mon temps.
Il cherche un nouveau cheval qui fasse danser sa cadence
Libre. Tu ne trouveras pas l’impossible assis t’attendant, comme au jour où
Je t’ai trouvé, où je t’ai enfanté de mon désir.
Quant à moi, je saurai comment te ramener.
Et j’irai avec le fleuve d’un destin à
Un autre, car la lune est prête pour te déraciner
De ma lune et sur mes arbres, les paroles dernières sont prêtes
A tomber place du Trocadéro. Retourne-toi
Pour trouver le rêve et pars
Dans n’importe quel orient ou occident qui te lestent encore d’exil
Et m’éloignent d’un pas de mon lit et de l’un
Des ciels de mon âme triste. La fin
Est sœur du commencement. Pars et tu trouveras ce que tu as laissé
Ici, t’attendant. Je ne t’ai pas attendu et je n’ai attendu personne.
Mais je devais, comme toutes les femmes solitaires
Dans leurs nuits, coiffer mes cheveux
Lentement, gérer mes affaires, briser
Sur le marbre, le flacon d’eau de Cologne et interdire à mon âme
De s’occuper d’elle-même, l’hiver.
Comme si je lui disais : Réchauffe-moi
Et je te réchaufferai, ô mon épouse, et prends soin de tes mains.
Que leur importe la descente du ciel sur terre
Ou le voyage de la terre au ciel ?
Prends soin de tes mains, qu’elles te portent – tes mains sont tes maîtresses, disait Eluard … – Pars
Je te veux et ne te veux point
Je ne t’ai pas attendu, je n’ai attendu personne
Mais je devais verser le vin
Dans deux coupes brisées et interdire à mon âme
De s’occuper d’elle-même en t’attendant !

 

Mahmoud Darwish

visite

Il fait automne et tu me manques.

Hier soir, en refermant les yeux, ton visage s’est dessiné dans le noir de mes songes, il y avait comme un secret, je me souviens avoir froncé les sourcils alors que mes paupières étaient bien closes et j’ai vu ton visage se former, ton regard, ton nez, ta bouche, ton crâne, puis ta silhouette.

Tu avais un regard presque inquiet mais bienveillant, comme toujours. J’ai senti mon coeur se serrer alors que ta figure était immobile. Puis un décor s’est planté et tu as commencé à te déplacer, clope au bec, comme toujours…et j’aurais aimé te suivre, je suis certaine que tu me disais quelque chose, tu me demandais de te suivre, mais mon cœur s’est serré et j’ai presque sangloté dans le silence de la nuit. Je me suis réveillée en sursaut…j’aurais bien aimé fumer une cigarette pour penser à toi calmement, pour affronter la vérité de ton départ définitif, mais je n’avais pas de cigarettes chez moi, je n’avais pas de lumière en moi, j’ai dormi artificiellement jusqu’au petit matin et j’ai oublié de penser à toi jusqu’à là…L’éternité a quelque chose de tragique.

déménagement

Je viens aux nouvelles. Les cartons avancent bon train (bon, ça n’avance pas tellement vite et le compte à rebours à commencé…J-11), j’ai commencé quelques démarches et les artisans ont déjà les clés de chez moi (le papier peint tout vieux et pourri a dégagé, la salle de bain a disparu, les matériaux sont commandés).

Il y a 2 semaines, j’ai signé chez le notaire. Je suis arrivée seule, cheveux délavés, et un peu épuisée par ma journée. La signature est allée assez vite car on avait bien avancé lors du compromis.erda-estremera-581452-unsplash.jpg

Photo : Erda Estremera

Je suis rentrée avec les clés, mon enfant a fait la fête, et j’ai fait quelques cartons en sirotant mon crémant alors que mini me dégustait son jus de pomme sourire aux lèvres.

Depuis 3 semaines, je n’ai pas arrêté de courir partout, parfois j’ai l’impression que ce projet est trop gros pour moi seule, que je suis un peu folle d’entreprendre des choses comme ça, sans me demander si j’aurai la force physique et le courage d’affronter toutes les situations qui en découleront.

La date du déménagement est fixée : dans moins de 2 semaines, je serai installée chez moi, sans salle de bain, sans cuisine, en espérant que la peinture au moins soit faite. Je ne stresse pas du tout, je m’inquiète parfois mais je me dis que ça ne sert à rien d’angoisser, j’essaie plutôt d’organiser cette installation avec les éléments manquants, c’est à dire des choses aussi simples que : si je n’ai pas installé ma cuisine, je dois pouvoir chiner une plaque de cuisson, si pas de salle de bain pendant une semaine, je dois pouvoir squatter la salle de bain de l’appartement tous les jours ou me laver à la bassine -_-.

Je n’ai pas envie que ce projet, qui nous tenait à coeur, se transforme en cauchemar. Samedi par exemple, je suis allée tôt le matin acheter de gros sacs de colle sol mur et de joints et spots pour la salle de bain, je suis allée les déposer à la maison puis repassée chez moi gérer quelques urgence. Dans mon programme, je devais commander mes meubles de cuisine afin d’avancer et j’ai finalement renoncé, préférant prendre un plaid, passer à la médiathèque et m’installer avec mini me au jardin de l’hôtel de ville, sous le soleil de fin de journée, profiter des dernières journées douces de l’automne.

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Je sais que j’ai beaucoup à faire mais il y a des choses qui ont de l’importance, comme savoir saisir un moment de tendresse, profiter d’un rayon de soleil, et sourire à la vie en lui disant : oui, je veux m’aventurer et oui à ma mélancolie heureuse.

 

Maintenant, place à l’organisation…

La maison du rocher (2)

L’espoir se délite au fil des jours, je me retrouve coincée dans un quotidien sans horizon, je sais bien que jamais je ne sauverai ma peau, parce que je suis capable d’aimer pour la musique d’une voix, le haussement d’un sourcil, la chaleur d’une peau ou de la peine dans un regard. Lorsque je suis née, la vieille tante de ma mère, qui l’avait accueillie et hébergée dans sa modeste cabane dans un petit village à l’ouest du pays, après qu’elle soit tombée enceinte d’un homme dont elle parlait très peu, lui avait chanté que je vivrais pour aimer, elle avait pris une aiguille et l’avait chauffé à la bougie, pour la désinfecter, puis m’avait transpercé l’oreille, pour que je pleure et que je puisse m’accrocher à la vie comme plus tard j’accrocherai des bijoux à ce trou de naissance.

Je ne connais pas les conséquences de ce piercing qui m’aura arraché un cri terrible, c’est Nenna, la vieille tante qui me racontait cette histoire le soir, pour que je m’endorme, lorsqu’elle me gardait des semaines durant sans que je vois ma mère qui travaillait à Alger. Je me souviens que je m’installais sur ses genoux, que je lui caressais son visage très ridé et tatoué, pendant qu’elle me racontait sans transition : la guerre, ma mère, les fleurs, son mari mort à la guerre, ses enfants partis à l’étranger pour ne jamais revenir et puis ma mère encore et ma naissance et la beauté du feu qu’on admirait dans son poêle, puis elle se faisait un café sur ce même feu et allumait la cigarette qu’elle gardait au dessus de son oreille. C’était le signal pour que je me couche et que j’arrête de poser des questions, parce que Nenna avait besoin de reposer son corps chétif et se remettre de tous les souvenirs qu’elle me racontait inlassablement comme pour se prémunir de l’oubli.

Je vis pour aimer, j’ai grandi sans nom, sans père, mais c’était bien indiqué partout, sur mes papiers, « Amel, identité du père inconnue » j’étais une mineure, fille de pute, et j’ai appris à en être fière parce que ma mère avait bien trimé pour que je vive, en dépit de ses amours passées, de sa peine profonde qui l’a épuisée jusqu’à sa mort précoce alors même que je n’avais pas 20 ans.

 

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